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Publications

Médecins malgré eux - Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et annotations Françoise Darnal-Lesné, Éditions de L'Harmattan, Paris, septembre 2017.

 

   Les personnages de Médecins malgré eux ne sont-ils que médicastres, charlatans ou autres morticoles, donnés en pâture aux spectateurs comme chez Molière ? Armés eux aussi de pilules de rhubarbe, d'onguents et de fioles, ils font usage certes sans détour de leurs stéthoscopes, mais tentent surtout de comprendre les esprits que l'on dit encore « insanes ». Risibles peut-être, cyniques certainement, ils sont surtout désespérés car Tchekhov, le satiriste, reste un observateur du sinistre. Ainsi, ces « médecins malgré eux » offrent-ils, finalement, un cheminement de vie qui nous étreint.

À la datcha - Comédie en 10 tableaux - Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et annotations Françoise Darnal-Lesné, Éditions de L'Harmattan, Paris, juin 2017.

 

   À la datcha est une comédie subtile et jubilatoire sur les soucis qui tombent sur les Moscovites dès qu’ils se retrouvent à la campagne... Le texte traite, au travers de dialogues savoureux, non pas de « petites choses » humoristiques, mais de l’homme bien souvent « de trop », concept créé par Tourgueniev, un homme qui ne trouve pas sa place dans la société civile nouvellement créée, désemparé qu’il est devant la vie nouvelle. Apparaissent, au fi l des répliques, la misogynie, maladie répandue en Russie tsariste et réaction masculine devant les femmes qui cherchent à s’émanciper et délaissent leurs enfants... Les escarmouches entre gens de bonne compagnie donnent ainsi déjà à voir ce qui dérangera au plus haut point la censure impériale soucieuse de l’ordre et de la non-propagation d’une quelconque subversion des esprits, non pas « des marionnettes grinçantes et se courbant devant des spectateurs peu exigeants », mais des êtres ni bons ni méchants et porteurs d’humanité à travers le regard que l’écrivain débutant porte sur la société dès ses plus jeunes années.

Ma Vie en Province - Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et annotations Françoise Darnal-Lesné, Éditions de L'Harmattan, Paris, janvier 2016.

 

   Avec le roturier devenu médecin Bazarov, héros de « Pères et Fils », Tourgueniev crée un personnage négateur et intransigeant, à qui il donne le nom de nihiliste. Mais parce que Bazarov tombe dans le piège de l’amour et se résigne, puis meurt tel un héros romantique, la jeunesse tsariste cria à l’imposture…

   Quelque trente ans plus tard, Tchekhov décrit à son tour un nihiliste, Misaïl Polozniev. Mais a contrario. Aristocrate, il nie de bout en bout les privilèges que sa naissance lui octroie, idéalise le travail physique, veut percer à jour le vernis de la politesse et se débarrasser des simulacres de la convention…

   Sur fond de campagne russe, où cosmos et chaos s’affrontent sans se départager, Misaïl entraîne dans sa rébellion sa sœur Kleopatra sans jamais se résigner un seul instant, ni venir implorer le pardon paternel. Il est un être libre à tout jamais… Et ouvre une voie nouvelle dans la littérature russe par la découverte de sa vérité qui le mène à sa liberté et à la beauté, qui depuis Dostoïevski « sauvera le monde ».

   La jeunesse tsariste n’eut pas alors à crier à l’imposture. C’est pourquoi ce roman nous interpelle encore aujourd’hui…

Enfances - Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et préface de Françoise Darnal-Lesné,  Éditions de L'Harmattan, Paris, septembre 2014.

 

   Françoise Darnal-Lesné a consacré plusieurs ouvrages et un site internet à l’œuvre de Tchekhov. Dans cet ouvrage elle s'intéresse plus particulièrement aux figures de l'enfance à travers une sélection de nouvelles. Tchekhov a rarement pris un enfant pour personnage principal. Vania, Serioja, Vanka, Volodia et les autres sont dans la poétique au même titre que les adultes des âmes où le bien et le mal cohabitent dans un équilibre précaire.

Le Dictionnaire universel des créatrices - Sous la direction de Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber Préfacé par Irina Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO et illustré par Sonia Rykiel - Participation de Françoise Darnal-Lesné concernant les femmes écrivains proches de Tchekhov (ou qui se sont inspirées de lui),  Éditions des femmes, Paris, novembre 2013.

 

   Le Dictionnaire universel des créatrices est né de la volonté de mettre en lumière la création des femmes à travers le monde et l’histoire, de rendre visible leur apport à la civilisation. Pensé comme une contribution inédite au patrimoine culturel mondial, il a été rendu possible par plus de quatre décennies d’engagements et de travaux en France et dans tous les pays, qui ont permis de renouer avec une généalogie jusque-là privée de mémoire. Il entend recenser les créatrices connues ou encore méconnues qui, individuellement ou ensemble, ont marqué leur temps et ouvert des voies nouvelles dans un des champs de l’activité humaine. Son chantier d’étude couvre tous les continents, toutes les époques, tout le répertoire traditionnel des disciplines (artistiques, littéraires, philosophiques aussi bien que scientifiques) et il s’étend des sportives aux femmes politiques, en passant par les interprètes, les conteuses, les artisanes, fussent-elles anonymes…à toutes celles qui ont fait œuvre originale. Le terme de « création » est ici entendu dans son sens le plus vaste. Présentation des directrices de l’ouvrage Béatrice DIDIER a été successivement professeure à l’université Paris 8 qu’elle a contribué à créer, et à l’École normale supérieure (rue d’Ulm) où elle a dirigé le département Littérature et langages. Elle est commandeur de l’Ordre des Palmes académiques, officier de l’Ordre du Mérite et Chevalier de la Légion d’Honneur. Antoinette FOUQUE est cofondatrice du Mouvement de Libération des Femmes en 1968, psychanalyste, philosophe, écrivaine, directrice d’études et de recherches en sciences politiques à l’université Paris 8 et ancienne députée européenne. Théoricienne de la différence des sexes dont les avancées ont imprégné la pensée contemporaine, elle a fondé successivement le groupe de recherche « Psychanalyse et politique » au sein du MLF en 1969, l’Institut de féminologie en 1978 qu’elle anime, les Éditions Des femmes en 1974 qu’elle dirige, et diverses ONG, dont l’Alliance des femmes pour la démocratie. Elle est commandeur de la Légion d’honneur et des Arts et des Lettres et Grand officier de l’Ordre du Mérite. Mireille CALLE-GRUBER est écrivaine et professeure de littérature à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3 où elle dirige le Centre de recherches en études féminines et de genres et littératures francophones, après avoir piloté un programme de recherches en Women’s Studies au Canada. Ses travaux portent sur la littérature, les arts et la philosophie. Elle est membre de l’Académie des arts, des lettres et des sciences de la Société royale du Canada.

 

[lire les notices biographiques écrites par Françoise Darnal-Lesné]

Correspondant de guerre, Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et préface de Françoise Darnal-Lesné,  Éditions de L'Harmattan, Paris, juin 2012.

 

   Tchekhov est parti dans une guerre idéologique de dénonciation du bagne à une époque où les frontières qui séparent le reportage de la fiction demeurent encore perméables. A travers ces correspondances, il offre une vision alternative de la situation de la relégation et de la Sibérie qui contraste avec la version officielle. Il espère ainsi susciter une vague d'indignation et creuser l'écart entre le propagande gouvernementale et la réalité qu'il découvre.

Sorcière, Anton Tchekhov - Traduction et annotations de Françoise Darnal-Lesné,  Éditions de L’Herne, Paris, novembre 2010.

 

   Sorcière et Jour de Fête, les deux nouvelles inédites en français, réunies dans ce Carnet relatent les drames du quotidien. Tchekhov montre mais ne dénonce jamais. Il ne cesse de souligner dans son œuvre l’esprit petit-bourgeois sur fond de Russie éternelle, la trivialité, la corruption, l’ignorance crasse et la déchéance à travers des destins avortés, condamnés à l’usure du temps.

   Le lecteur de ces deux drames conjugaux, qui mettent à nu les strates les plus profondes de l’âme humaine, appréciera le style de Tchekhov : sobriété, simplicité et économie de moyens, en même temps que l’un de ses thèmes de prédilection, le temps, qui loin de mûrir les personnages, les défait, les dépossède de leur être et émousse leurs sentiments.

Dictionnaire Tchekhov , Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Harmattan, Paris, juin 2010.

 

   Ce dictionnaire présente Tchekhov, ses contemporains, les milieux ainsi que les mouvements artistiques et politiques de l'époque.

   Il étudie les personnages de l'œuvre tchékhovienne (nouvelles, romans, récits, théâtre) en une étude synthétique (carte d'identité, description, fonction...) par ordre alphabétique comprenant des commentaires, ainsi que la présentation des œuvres.

Lettres de voyage, Moscou-Sakhaline-Moscou - Février 1890 , Janvier 1891, Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et préface de Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Harmattan, Paris, mars 2009.

 

   Pourquoi lire les lettres du voyage à Sakhaline, perdues qu'elles sont dans l'immense correspondance échangée par Tchekhov sa vie durant ? Dans ces lettres, reflet d'un voyage refuge, on voit la personnalité de l'homme-personnage Tchekhov évoluer, mûrir, se développer, chercher comme dans un miroir son visage, celui d'un homme qui, à chaque pas, s'éloigne du monde, envoûté par les dangers qu'il côtoie, envahi du sentiment tantôt euphorique, tantôt désespéré de celui qui in fine ne dépend plus que de lui-même.

Les Paysans et autres récits, Anton Pavlovitch Tchekhov - Traduction et postface de Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Harmattan, Paris, septembre 2008.

 

   Les récits que Tchekhov consacre au seul monde paysan firent grand bruit lors de leur sortie et furent dénoncés pour leur brutalité, tout autant par les Populistes que par Tolstoï pour qui ils étaient "un péché devant le peuple". La censure tsariste, quant à elle, exigea que les pages ayant trait à la religion soient supprimées sans autre forme de procès.

"Les paysans, Agafia, Dans la combe, Les paysannes, La nouvelle datcha", sont le reflet du quotidien du docteur Tchekhov, confronté à la méchanceté, l'ébriété et la cupidité des paysans de Melikhovo, village sis à une centaine de kilomètres de Moscou où il vécut une dizaine d'années. Un univers de violence noire flotte, sourdement et sans discontinuer, sur ces récits, les assimilant à de la prose noire.

   Ces textes sont, néanmoins et contre toute attente, porteurs d'espoir, laissant deviner, quelque part, un coin de ciel bleu annonciateur d'une vérité qui mène à la liberté, car, dans la force irrésistible et omniprésente du mal, naît, malgré tout, la grâce. Ce qui intéresse Tchekhov, et nous rassérène au milieu de tant d'horreurs, c'est l'humanité de ces êtres, qui semblait à jamais perdu et affleure, cependant, au détour d'une page.

   Une poétique aussi intéressante ne peut laisser personne indifférent, elle fait de Tchekhov un artiste dont la liberté de ton et d'écriture ouvre une voie littéraire révolutionnaire.

Anton Pavlovitch Tchekhov - Portraits de femmes, un itinéraire d’ombre et de lumière, Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Harmattan, Paris, juin 2007.

 

   Tchekhov présente au lecteur, avec constance et détermination, des portraits de femmes qui ne se battent pas au-delà de ce que l’époque historique permet de faire.

Force est de constater qu’il existe également dans son œuvre une représentation de femmes malheureuses d’être dans l’ombre, de subir le chaos de leur vie et de voir la destruction de leurs rêves, et prêtes à souffrir davantage encore pour quitter ce monde et chercher la lumière.

   La femme qui choisit cette voie se trouve alors devant l’ampleur de sa liberté et, dans son désir brûlant d’authenticité, elle suit un parcours « révolutionnaire ». D’objet, elle devient sujet de sa vie et parvient à la liberté intérieure et à la connaissance de soi.

   Elle passe ainsi de l’ignorance à la connaissance.

   Le cheminement de la femme est alors voyage. Il délaisse l’horizontalité pour la verticalité, il est éthique de vie.

   Celle qui choisit de sortir de l’ombre possède la difficile science de renoncer et de quitter ce qui pèse. Elle est d’une beauté confondante. Elle est une âme miraculeusement libre.

Oncle Vania, Anton Tchekhov, Françoise Darnal-Lesné, Éditions Bréal, collection Connaissance d’une œuvre, Paris, 2005.

 

   Ce livre, destiné aux étudiants des classes préparatoires aux concours des grandes écoles scientifiques, se veut guide qui permet d’aborder une œuvre trop souvent qualifiée de morbide et de pessimiste.

   Il aborde tout d’abord le contexte historique qui permet de replacer l’auteur au cœur des événements qui bouleversèrent la Russie, puis il donne des informations capitales sur sa vie partagée entre la médecine et la littérature, son amour de l’homme et sa spécificité littéraire.

   Il se tourne enfin vers une étude approfondie de la pièce Oncle Vania, analysant les personnages un à un.

   Après l’étude de la structure dramatique de la pièce, huis clos bâti sur un modèle « scientifique » de binarité des actions et des personnages, il procède à l’analyse thématique de la recherche du bonheur qu’éprouvent les personnages à travers les motifs du vertige social dans la confrontation du monde ancien et du monde moderne, du travail contre l’oisiveté, de la destruction versus la construction. Il témoigne de l’enfermement psychologique au sein de la famille, la solitude qui règne en maître, et l’amour toujours condamné. Il se tourne ensuite vers la poétique philosophique, qui après la fin des illusions, apporte la connaissance de soi.

   Il replace enfin le texte dans le contexte de la critique et de la création théâtrale contemporaine et donne quelques indications des mises en scène, des films ou images animées qui ont trait à Oncle Vania.

La femme chez Tchekhov, Françoise Darnal-Lesné, LMU, Le Mensuel de l'Université, 1er média interuniversitaire pluridisciplinaire, n° 2, janvier-février 2006.

 

   Quelle est la place et l’image de la femme dans les pièces d’Anton Tchekhov ? Eléments de réponse.

   Aucune création artistique ne semble plus « extra-ordinaire » que celle qui entoure la femme dans l’œuvre de Tchekhov.

   À l’évidence, ce personnage se résume à l’uniformité grise d’un vêtement. Dans les récits plus encore que dans la dramaturgie, ce gris s’impose et consomme une rupture radicale avec la représentation traditionnelle de la femme, idéal romantique de grâce et de beauté qui a encore cours dans la Russie à la fin du XIXème siècle. À cette uniformisation picturale, correspond un environnement psychologique tout aussi gris, manifestation d’un quotidien où le maître mot est ennui. Les constructions cycliques des textes où la jeune femme s’abandonne au destin normatif d’un mariage sans amour (Volodja le grand et Volodja le petit, Au pays natal, Anna au cou, Jour de fête entre autres), les clausules reprenant mot à mot les incipit, enferment la femme dans un cercle sans commencement ni fin.

   Révolte

   Contre toute attente, certaines d’entre elles se rebellent. Leur révolte s’assimile au passage d’une frontière et sépare le monde en deux parties : celui du dedans, la maison qui est absence, et du dehors, monde de vérité, de beauté et de liberté dont on rêve. L’itinéraire de la femme dans la poétique de Tchekhov prend alors date dans la littérature russe du XIXème siècle par la « révolution » qu’il accomplit dans un geste d’une violence infinie (Nadja, La Fiancée, Nina, La Mouette, Mašen’ka, Les Paysannes). Tchekhov projette ainsi la femme dans un monde autre, et les textes concernés ont une structure ouverte. Les clausules sont verbes au perfectif, (Raïsa, La sorcière, Natal’ja, Dans la nuit de Noël, Sonja, Oncle Vanja), ou verbes unidirectionnels qui témoignent de ce qu’aucun retour n’est plus ni envisageable ni possible (Nina, La Mouette, Anja, La Cerisaie, Julja, Trois années).

    La femme franchit alors une frontière que les analystes allemands dénomment le Ich-Raum et que l’on peut traduire par le Je, elle passe de l’ignorance, "je ne savais pas", à la connaissance, "je sais", (Nina, La Mouette). Son chemin est ascèse et la conduit à la transcendance. Il dépasse le topos, il est aventure, métaphore supérieure de l’existence humaine avec ses rites de passage du non-être à l’être, et induit une modification du statut social, l’arrivée d’un vocabulaire nouveau où vouloir, aimer et vivre se bousculent, où le Je recouvre un espace sans fin. La femme devient une exilée, un oiseau qui ne sait où se poser, et ce n’est pas par inadvertance que Nina se donne trois fois le qualificatif de mouette. En parant la femme du symbole de l’oiseau, Tchekhov lui donne, in fine, la dimension du ciel qui est infinitude.

    Dans la poétique de Tchekhov, la femme, silhouette fragile, est une âme miraculeusement libre parce qu’elle s’est libérée. Elle est ainsi un être passionnant, envoûtant, inexplicablement vivant.

L'image de la femme dans l'œuvre de Cexov : un itinéraire poétique, Françoise Darnal-Lesné, Revue des Etudes Slaves, Paris, LXXVI/4, 2005, pp. 565-570.

@ Comprendre Tchekhov- Françoise Darnal-Lesné   2017

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Антон Павлович Чехов